mercredi 15 avril 2026

Monsieur Gaubert

 


Monsieur Gaubert nous a quittés. C’était mon instituteur en CM. C’est lui qui m’a appris qu’il faut un « s » a « nous a quittés ». Je n’ai jamais trop compris l’histoire du participe passé qui est avant ou après l’auxiliaire, monsieur Gaubert nous avait dit que le plus simple, si on savait le faire, c’était  de traduire en patois : « Mossu Gaubert quens'a quitats », un « s » a quitats, donc un « s » a quittés !

 En plus de la grammaire, il nous a appris  la main nue. Sur la photo, il est tout à fait à droite, avec son éternelle barbe et ses lunettes. Ce devait être en 1981, l’Ecole Publique de Saint Lon venait de remporter 2 titres en championnat des Landes scolaire : au premier rang un peu sur la gauche la coupe poussins, avec derrière Benoit Siberchicot et Lilian Lafitte, et un peu plus à droite, la coupe des mini-poussins, avec Thibault Demoulins et Hervé Bareyre.

Nous on était passés quelques années avant, vers 74/75 . Le mur à gauche n’existait pas encore, on ne jouait pas à la pelote l’hiver. Notre classe était en haut, en face de l’église. Le midi on descendait à pied à  la cantine, un préfabriqué situé à côté de l’école de musique actuelle. On croisait l’ouvrier de chez Lacausse qui rentrait manger à Heugas. Et ses bottes étant  beaucoup plus grandes que les pédales de sa mobylette, il était obligé de mettre ses pieds en canard, ce qui lui donnait une allure assez pittoresque ; ça faisait beaucoup rire Joël Duboué et du coup, on disait que c’était le copain de Duboué.

Après manger, et avant de remonter en classe, quand il faisait beau (et j’ai l’impression qu’il faisait toujours beau), Monsieur Gaubert nous amenait au fronton pour qu’on s’entraîne. On adorait ce moment. C’est donc lui, sa femme Josy (qui enseignait aux CE) et quelques bénévoles qui étaient en train de relancer le Fronton Saint-Lonnais, qui nous ont donné le goût de ce sport et ont permis qu’il soit encore pratiqué aujourd’hui dans le village.

Je pourrais  parler également de sa grosse voix, du pluviomètre, de la girouette, de la chaîne d’arpenteur pour tracer le terrain de basket dans la cour, du cahier de géographie et de ses cartes énervantes, de l’établi au fond de la classe, des maquettes de maisons en bois, de l’émission de radio pour nous apprendre à chanter, et bien sûr de cette pelote en cuir toute neuve, sur la 3ème étagère de l’armoire fermée à clé qui contenait tous les trésors de l’école et que monsieur Gaubert n’ouvrait que pour distribuer avec parcimonie qui un stylo vert, qui un noir, qui un buvard, qui un cahier du jour… Cette pelote, qui a laissé passer des générations d’enfants sans bouger d’un millimètre, nous a fait rêver, peut-être même attisé notre passion.

Pour tous ces souvenirs, pour tout ce que vous avez fait pour nous, merci André. Vous faites partie de l’Histoire de ce village, peut-être de son âme. Reposez-vous bien!