Monsieur Gaubert nous a quittés. C’était mon instituteur en
CM. C’est lui qui m’a appris qu’il faut un « s » a « nous a
quittés ». Je n’ai jamais trop compris l’histoire du participe passé qui
est avant ou après l’auxiliaire, monsieur Gaubert nous avait dit que le plus
simple, si on savait le faire, c’était de traduire en patois : « Mossu Gaubert
quens'a quitats », un « s » a quitats, donc un « s »
a quittés !
En plus de la
grammaire, il nous a appris la main nue.
Sur la photo, il est tout à fait à droite, avec son éternelle barbe et ses
lunettes. Ce devait être en 1981, l’Ecole Publique de Saint Lon venait de
remporter 2 titres en championnat des Landes scolaire : au premier rang un
peu sur la gauche la coupe poussins, avec derrière Benoit Siberchicot et Lilian
Lafitte, et un peu plus à droite, la coupe des mini-poussins, avec Thibault
Demoulins et Hervé Bareyre.
Nous on était passés quelques années avant, vers 74/75 . Le
mur à gauche n’existait pas encore, on ne jouait pas à la pelote l’hiver. Notre
classe était en haut, en face de l’église. Le midi on descendait à pied à la cantine, un préfabriqué situé à côté de
l’école de musique actuelle. On croisait l’ouvrier de chez Lacausse qui
rentrait manger à Heugas. Et ses bottes étant
beaucoup plus grandes que les pédales de sa mobylette, il était obligé
de mettre ses pieds en canard, ce qui lui donnait une allure assez
pittoresque ; ça faisait beaucoup rire Joël Duboué et du coup, on disait
que c’était le copain de Duboué.
Après manger, et avant de remonter en classe, quand il
faisait beau (et j’ai l’impression qu’il faisait toujours beau), Monsieur
Gaubert nous amenait au fronton pour qu’on s’entraîne. On adorait ce moment.
C’est donc lui, sa femme Josy (qui enseignait aux CE) et quelques bénévoles qui
étaient en train de relancer le Fronton Saint-Lonnais, qui nous ont donné le goût
de ce sport et ont permis qu’il soit encore pratiqué aujourd’hui dans le
village.
Je pourrais parler
également de sa grosse voix, du pluviomètre, de la girouette, de la chaîne
d’arpenteur pour tracer le terrain de basket dans la cour, du cahier de
géographie et de ses cartes énervantes, de l’établi au fond de la classe, des
maquettes de maisons en bois, de l’émission de radio pour nous apprendre à
chanter, et bien sûr de cette pelote en cuir toute neuve, sur la 3ème
étagère de l’armoire fermée à clé qui contenait tous les trésors de l’école et
que monsieur Gaubert n’ouvrait que pour distribuer avec parcimonie qui un stylo
vert, qui un noir, qui un buvard, qui un cahier du jour… Cette pelote, qui a
laissé passer des générations d’enfants sans bouger d’un millimètre, nous a
fait rêver, peut-être même attisé notre passion.
Pour tous ces souvenirs, pour tout ce que vous avez fait
pour nous, merci André. Vous faites partie de l’Histoire de ce village,
peut-être de son âme. Reposez-vous bien!